La Fantaisie : l’hôtel‑jardin qui réinvente le luxe urbain

Au cœur de la rue Cadet — cette artère du 9ᵉ où les primeurs, les cafés et les habitants se croisent encore à l’ancienne — La Fantaisie n’a pas simplement ouvert un 5 étoiles de plus. Elle a retissé un morceau de ville : ressuscité un jardin historique, reconverti un parking souterrain en spa “nappe phréatique”, hissé un bar sur les toits et confié la narration spatiale à Martin Brudnizki, pour son premier hôtel parisien. Résultat : un établissement qui attire autant les voyageurs que les voisins, et qui illustre la nouvelle équation du luxe urbain — multi‑usage, sensoriel, local, joyeux.

Rue Cadet, terre fertile : du potager royal au design contemporain

Difficile d’y croire en regardant l’asphalte : sous l’Ancien Régime, la parcelle où se tient aujourd’hui La Fantaisie faisait partie des jardins nourriciers des frères Jean & Jacques Cadet, maîtres jardiniers qui recyclaient les déchets de la rue pour fertiliser melons, laitues et fraises destinés à la cour sous Charles IX. L’hôtel réactive explicitement ce récit horticole dans son identité (“dream of the garden”), sa communication et surtout dans la décision d’entretenir un vrai jardin en pleine cour intérieure — clin d’œil tangible à l’histoire agricole de ce bout de Faubourg Montmartre.

©Jardin de l’hôtel La Fantaisie Paris

D’un trois‑étoiles fatigué à un cinq‑étoiles manifeste : la métamorphose

Avant La Fantaisie, se dressait ici l’hôtel L’Opéra Cadet, bâtiment des années 1970 en sévère perte de vitesse. Le chantier de transformation aura duré environ trois ans et demi, opération lourde qui a revu volumes, façades actives et circulations, et surtout converti l’ancien parking souterrain en spa de grand gabarit — un geste structurel rarement engagé sur un projet boutique urbain. L’opération a aussi permis de redonner souffle au jardin arrière, autrefois résiduel, devenu pivot de l’expérience. Pour les passionnés de repositionnement hôtelier, c’est un cas d’école : rénovation profonde, double montée en gamme (design + services) et relecture narrative du bâti existant.

Le récit botanique selon Martin Brudnizki : une fleur qui monte

Brudnizki décrit le concept comme une fleur qui s’ouvre verticalement : “seedlings” (les semis) en sous‑sol au spa, tiges et feuillages dans les étages publics, puis floraison totale au rooftop. Cette progression permet au visiteur de “traverser” l’idée du jardin plutôt que de simplement la regarder. Couleurs végétales (pistache, jaune soleil, corail), papiers peints floraux, velours, motifs rayés et pièces artisanales composent une esthétique maximaliste mais joyeuse, “fun, énergique, sans se prendre trop au sérieux”, dit‑il. Pour un marché parisien longtemps dominé par les codes haussmanniens beige‑gris, La Fantaisie propose une lecture chromatique et tactile radicalement plus vivante.

Chambres & suites : extérieurs rares, palettes solaires, confort habité

L’hôtel aligne 73 clefs : 63 chambres + 10 suites, plusieurs avec balcons, terrasses ou Juliet balconies — avantage concurrentiel majeur dans un bâti central serré. Même les catégories d’entrée peuvent offrir un balconnet sur rue; les vues jardin créent une respiration inattendue. En chambre : camaïeux verts et jaunes, touches rouges, imprimés floraux signés artisans (Pierre Frey cité en presse), mobilier mid‑century revisité, salles de bain marbrées aux détails rétro. L’ensemble favorise la séjourabilité (on vit dans la chambre) autant que l’Instagrammabilité, sans tomber dans la copie thématique.

Un jardin intérieur comme différenciateur stratégique

Paris intra‑muros manque cruellement d’espaces verts privés accessibles; disposer d’un véritable jardin planté au centre d’un 5* est donc un acte stratégique autant que poétique. La Fantaisie met ce jardin au cœur de son parcours F&B (salle vitrée, terrasses), de ses vues chambres et de sa marque (imagerie botanique). Presse et design partners le soulignent : “lush enclave”, “secret garden”, “one of the only luxury hotels with a full garden in the heart of Paris”. Ce n’est pas du décor : c’est un positionnement d’identité et de prix qui justifie la différenciation sur un marché saturé.

Sous‑sol transformé : Spa Holidermie & Martine de Richeville

Là où se trouvait le parking du vieil hôtel, on plonge désormais dans un spa holistique inspiré des sources souterraines : grand jacuzzi, bassin minéral, bains chaud/froid, sauna, hammam, douche froide, glace pilée — un véritable circuit hydro qui dépasse le simple “coin bien‑être” urbain. Le décor mosaïque botanique prolonge la narration du jardin; la marque française Holidermie apporte une philosophie inside/out (cosmétiques + compléments), tandis que Martine de Richeville signe ses traitements remodelants réputés pour relancer circulation et reset jet‑lag. Pour l’hôtellerie urbaine, réussir un spa de destination reste rare ; ici, la profondeur programmatique crée un motif de visite même sans nuitée.

©Entrée sur Spa – La Fantaisie Paris

Gastronomie : l’effet Crenn, puis la maturation maison

À l’ouverture (été 2023), La Fantaisie frappe fort en accueillant Golden Poppy, première table parisienne de la cheffe trois‑étoiles Dominique Crenn. Cuisine franco‑californienne végétale & marine, menu en petites séquences, influences Asie, et un décor verrière façon serre avec arbre sculptural/olivier au centre — signature visuelle largement relayée. La presse applaudit l’audace; Golden Poppy positionne instantanément l’hôtel sur la carte food internationale. Mais le concept était programmé comme résidence : fermeture annoncée fin juin 2024, confirmée par SFGate; l’espace rebascule alors en Restaurant de La Fantaisie, table plus française, saisonnière, quartier‑friendly, exploitée par l’hôtel (horaires réguliers, carte partage). Pour les hôteliers : un modèle intéressant de chef star pour lancement → internalisation plus rentable.

©Bar – La Fantaisie Paris

Café rue Cadet : façade vivante & ancrage quartier

Ouvert tôt le matin jusqu’à tard le soir, le Café de La Fantaisie fait interface directe avec la rue : terrasse sur trottoir, cuisine fraîche et accessible, rythme continu. Ce choix opère comme une stratégie d’intégration locale — l’hôtel “relays the animation of the market street outside” et “engages with the village feel” du Faubourg Montmartre, attirant habitants, passants, créatifs du quartier. Pour un 5* qui refuse la bulle, ce point de contact quotidien est essentiel à la fois en image et en flux F&B.

Bar Sur Le Toit : floraison panoramique & cocktails signatures

Tout en haut, la “fleur” s’ouvre : Bar Sur Le Toit, terrasse végétalisée avec vues sur les toits parisiens, banquettes velours, panneaux roses fleuris, rayures vert/rose et ambiance quasi cinématographique la nuit. Presse spécialisée et voyageurs soulignent le côté “secret garden” suspendu, idéal pour cocktails (programme signatures, collaborations spiritueux saisonnières) et apéros prolongés; l’adresse fonctionne comme aimant local + upsell résident. Horaires généreux (généralement 17h–1h selon site; certains listings indiquent plus tard). Dans un marché où les rooftops premium sont rares et très demandés, ce point d’expérience joue clairement en faveur du taux d’occupation et de la notoriété.

Programmation sensorielle : quand la marque passe par les sens

La Fantaisie travaille son identité au‑delà du visuel : bande-son d’oiseaux dans l’ascenseur, audio capsules inspirées des parcs parisiens, objets signature (clefs illustrées, bougies, papeterie) et cohérence botanique dans les textures. Cette stratification sensorielle renforce la mémorisation et la différenciation — un levier que de plus en plus d’hôtels lifestyle explorent, mais rarement avec tant de continuité narrative du logo jusqu’au spa. Pour un blog de passionnés, c’est un exemple puissant de brand storytelling multisensoriel appliqué.

Ce que les passionnés (et pros) d’hôtellerie peuvent retenir

Réactiver un récit de lieu (ici : maraîchage Cadet) donne une colonne vertébrale lisible à tout le design et aux programmes. Ouvrir l’hôtel sur le quartier via un café de rue multiplie les points de contact et nourrit l’image lifestyle. Programmer un chef star éphémère peut accélérer la notoriété avant de stabiliser une offre interne adaptée au marché local. Investir le sous‑sol (parking → spa complet) crée de la valeur expérientielle là où il n’y en avait pas. Et surtout : un jardin réel + un rooftop exploitable deviennent des vecteurs émotionnels et économiques dans une ville à forte densité verticale. La Fantaisie coche ces cases et montre qu’un 5* peut être habité, coloré, fréquenté, narratif — et rentable parce qu’il vit.

Infos pratiques

Adresse : 24 rue Cadet, 75009 Paris (Métro Cadet / Le Peletier)

Restaurant de La Fantaisie : déj 12h‑14h, dîner 19h‑22h (vérifier fermetures saisonnières)

Bar Sur Le Toit : ouvert quotidiennement en soirée (site : 17h‑1h, certains guides listent jusqu’à 2h – appelez pour confirmer)

Spa Holidermie : 10h‑19h30; réservation conseillée (accès bains + soins Holidermie protocoles Martine de Richeville)


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