À Paris, certains lieux ne se visitent pas seulement pour ce qu’ils sont. On les explore pour ce qu’ils ont été.
La Piscine Molitor fait partie de ces endroits qui traversent les époques en emportant avec eux un parfum d’élégance et de liberté. Temple Art déco dans les années 30, berceau du bikini en 1946, repaire underground pour graffeurs dans les années 90, et aujourd’hui hôtel cinq étoiles aux bassins mythiques… Molitor est une légende aquatique à part entière.
Dans cet article, on vous emmène à la découverte de l’histoire de la Piscine Molitor à Paris, un lieu où se croisent le luxe discret, les avant-gardes artistiques et les souvenirs d’un Paris qui n’a jamais cessé de se réinventer.
Un paquebot Art déco amarré à Paris
L’histoire commence en 1929, année faste pour l’architecture Art déco. La ville de Paris souhaite offrir à ses habitants une piscine spectaculaire. Elle fait appel à l’architecte Lucien Pollet, qui imagine un ensemble de deux bassins — un couvert et un en plein air — bordés de galeries, de cabines vitrées, de céramiques colorées et de rampes en ferronnerie. L’ensemble évoque les grands paquebots transatlantiques, symbole de modernité et de raffinement. Molitor devient rapidement bien plus qu’un complexe sportif. C’est un lieu de vie mondain, une scène sociale où l’on se baigne, bien sûr, mais aussi où l’on défile, où l’on flâne, où l’on célèbre.


Le bikini et la provocation douce
C’est à Molitor qu’un certain Louis Réard, ingénieur et créateur de maillots de bain, décide de présenter une invention qui fera scandale : le bikini. Le 5 juillet 1946, dans un climat d’après-guerre encore prude, une danseuse du Casino de Paris défile autour du bassin extérieur dans ce deux-pièces minimaliste. Les photographes immortalisent la scène. Le monde s’indigne, s’émerveille, débat. Le bikini entre dans l’histoire de la mode, et Molitor devient instantanément un lieu symbolique : celui où l’on ose, où l’on bouscule, où l’on écrit l’histoire à travers un simple maillot de bain.



Le silence, l’oubli, puis la réinvention
Fermée en 1989 pour raisons de vétusté, la piscine tombe peu à peu dans l’oubli. Pourtant, ses murs attirent une autre forme d’attention. Les artistes de rue s’en emparent. Pendant plus de vingt ans, Molitor devient un sanctuaire du street art. Les cabines sont investies, les murs recouverts de fresques, les bassins vides transformés en galeries sauvages. Des photographes y organisent des shootings, des collectifs y installent des installations éphémères. Molitor est à l’abandon, mais vivante. Elle est devenue un lieu alternatif, une ruine habitée, un hôtel des artistes sans réservation.

Une résurrection signée hôtellerie de luxe
En 2014, après de longues négociations, le site est confié au groupe Accor. L’idée n’est pas de détruire pour reconstruire, mais bien de restaurer l’esprit du lieu. Les bassins sont refaits à l’identique. Les façades, les couleurs, les volumes sont conservés. Mais autour, un hôtel cinq étoiles prend vie, dans un style résolument contemporain. Spa, rooftop, restaurant, galerie d’art : Molitor entre dans une nouvelle ère. On y dort dans des chambres inspirées de l’architecture originelle, on y nage dans une eau chargée de mémoire. L’esprit est resté : celui d’un lieu ouvert, curieux, audacieux.



Un lieu qui n’appartient à aucun temps
Ce qui rend Molitor si singulière, c’est qu’elle n’est jamais restée figée. Elle n’a cessé d’être réinterprétée par ceux qui l’ont traversée : baigneurs, stylistes, graffeurs, hôteliers. Elle incarne l’élégance à la française, mais aussi la liberté, l’audace, et cette capacité unique à faire dialoguer les époques. C’est une piscine, un symbole, une œuvre, un hôtel. C’est un fragment de la mémoire collective de Paris, toujours en mouvement.









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