John Lennon à Montréal : une chambre d’hôtel pour la paix

En mai 1969, une chambre du Fairmont Le Reine Elizabeth à Montréal devient bien plus qu’un simple lieu de séjour. Pendant sept jours, elle se transforme en scène politique, studio d’enregistrement et refuge symbolique pour deux artistes engagés. John Lennon et Yoko Ono y réalisent leur second Bed-In for Peace, une performance radicale et non-violente destinée à porter un message universel : celui de la paix. Retour sur l’un des séjours hôteliers les plus fascinants du XXe siècle.

Un contexte mondial sous tension

À la fin des années 1960, le monde est en ébullition. La guerre du Vietnam fait rage, les mouvements pacifistes se multiplient, et les artistes prennent la parole. John Lennon, ancien membre des Beatles, est devenu une figure publique influente, au-delà de la musique. Avec sa compagne Yoko Ono, il souhaite utiliser sa notoriété pour transmettre un message politique simple, mais fort : la paix est une idée qu’il faut médiatiser autrement.

Après leur mariage à Gibraltar en mars 1969, John et Yoko organisent un premier Bed-In à Amsterdam. L’idée est inédite : rester au lit pendant une semaine dans une chambre d’hôtel, en robe de chambre blanche, et inviter la presse à venir les interroger. Une forme de protestation passive, inspirée par les méthodes de Gandhi.

Mais les résultats sont mitigés. Ils décident alors de renouveler l’expérience, avec davantage d’impact. Le lieu choisi ? Montréal.

Le Fairmont Le Reine Elizabeth : un hôtel au cœur de l’histoire

L’établissement qui accepte d’accueillir le couple n’est pas n’importe lequel. Le Fairmont Le Reine Elizabeth, inauguré en 1958, est déjà un hôtel emblématique du centre-ville de Montréal. Avec ses 950 chambres, sa modernité et sa réputation internationale, il s’impose comme un cadre discret mais prestigieux.

Le 26 mai 1969, Lennon et Ono s’installent dans la chambre 1742, au 17e étage. Ce qui s’y déroulera durant les sept jours suivants restera dans l’histoire comme l’un des plus grands actes de militantisme artistique du XXe siècle.

Un happening inédit : le Bed-In for Peace

Pendant une semaine entière, la chambre devient un carrefour médiatique. Chaque jour, des dizaines de journalistes, photographes, artistes et militants viennent y rencontrer le couple. La chambre est décorée simplement : des draps blancs, des pancartes faites à la main (“Hair Peace”, “Bed Peace”) et une lumière naturelle qui baigne les visages fatigués, mais déterminés, de John et Yoko.

Lennon parle de désobéissance civile, de pacifisme, de désinformation. Il répond sans filtre, tout en restant allongé. Certains se moquent. D’autres écoutent. Beaucoup diffusent. La médiatisation fonctionne. L’idée choque, amuse, interroge — mais surtout, elle circule.

Le Bed-In devient un espace où la paix est mise en scène, discutée, pensée. Le lit, objet intime et domestique, devient outil de communication politique. Une inversion poétique et radicale.

“Give Peace a Chance” : l’hôtel devient studio

Le 1er juin 1969, la chambre 1742 se transforme en studio d’enregistrement improvisé. Autour de Lennon et Ono, une foule d’invités hétéroclites : Timothy Leary, Allen Ginsberg, Petula Clark, des journalistes, des amis, des passants.

Dans cette atmosphère chaotique et conviviale, John enregistre avec son magnétophone portable une chanson devenue culte : “Give Peace a Chance.”
Tout est artisanal. Le micro pend du plafond, les voix sont brutes, le son est imparfait. Mais l’émotion est là. Le slogan devient chanson, et la chanson devient hymne.

Quelques semaines plus tard, le morceau est diffusé à la radio, repris lors des manifestations contre la guerre du Vietnam, et entre dans la mémoire collective.
Et tout a commencé dans une chambre d’hôtel.

Une chambre transformée en patrimoine vivant

Plus de cinquante ans plus tard, la chambre 1742 est toujours là. Le Fairmont Le Reine Elizabeth a su préserver ce lieu emblématique. La suite est désormais visitable et réservable : elle a été repensée pour offrir une expérience immersive, avec photos d’archives, extraits audio, documents historiques, et un agencement fidèle à l’ambiance de l’époque.

Les visiteurs y découvrent non seulement un épisode de la vie de Lennon, mais aussi un moment charnière de l’histoire des mouvements pacifistes, de l’activisme culturel… et de l’hôtellerie. Car cette chambre prouve que les hôtels ne sont pas de simples lieux de repos. Ils peuvent devenir des espaces d’expression, des témoins silencieux de grandes décisions, des scènes du monde.

Un héritage encore vivant

Le Bed-In for Peace de Montréal est l’un des événements les plus singuliers de l’histoire de John Lennon, mais aussi l’un des plus puissants. Il incarne une vision rare de l’engagement artistique : douce, poétique, déterminée, et radicalement non-violente.

Il nous rappelle que parfois, les lieux d’exception ne sont pas ceux où l’on crie le plus fort, mais ceux où l’on choisit de se taire, de rester, de montrer autrement. Et qu’un lit, dans une chambre d’hôtel, peut devenir un symbole universel.

En 1969, John Lennon n’a pas pris une chambre d’hôtel. Il a pris position.


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